Elle n'avait jamais su dire non. Quand on lui avait proposé de faire un bout de chemin ensemble, elle avait accepté. Non pas qu'elle eût regretté ce choix outre mesure, non, mais elle avait
accepté malgré tout, et ça comptait. Quand on lui avait demandé de rester là parce que c'était plus sûr pour elle, elle avait accepté. Elle aimait bien l'aventure, mais si les autres avaient
décidé que c'en était trop pour elle, alors ça l'était sans doute, et elle l'acceptait sans rechigner. Quand on lui avait imposé de se plier à la coutume et de faire en sorte que son invité y
soit soumis lui aussi, elle n'avait pas trouvé le courage de refuser. Elle le regrettait, mais elle voulait se faire la plus petite possible pour ne gêner personne. Si petite qu'elle en était
infiniment légère. Et la légèreté, en tant que concept, c'est pas terrible. Surtout quand on manque de poids pour tourner le volant de sa vie à droite, ou à gauche, selon son humeur. Verticea se
laissait emporter par le train de sa vie, depuis toujours en roues libres sur les rails de son destin, et elle était convaincue que c'était la meilleure chose à faire.
Même si parfois, elle en avait vraiment marre...
Valérie courait. Pas très rapide, il courait pourtant de tout le souffle dont il disposait. Le jour allait bientôt se lever, mais il ne pouvait s'arrêter. Pas tant que cette énorme bête serait à ses trousses en tous cas. Autour de lui, il n'y avait que du sable, d'un rouge violacé qui n'aurait pas détonné sur un tableau expressionniste, et sa progression en était grandement ralentie. Mais ce n'était pas le cas de son gigantesque prédateur, qui se rapprochait toujours plus sans jamais le rattraper. Le soleil serait bientôt à son zénith, Valérie courait toujours, et ça ne menait à rien. Son poursuivant ne comptait pas le lâcher, mais il ne semblait toujours pas capable de l'atteindre. Valérie n'avait pas la moindre idée de sa forme ni de sa férocité, mais il savait qu'il était là, à quelques mètres derrière, et qu'il n'avait pas envie de découvrir le sort qui lui serait réservé s'il montrait le moindre signe de faiblesse. Saleté de planète déserte à la rotation giroscopique. Bientôt, on n'y verrait déjà plus grand chose mais il faudrait continuer, toujours plus vite, pour que l'avance ne persiste pas dans sa tendance réductrice.
Valérie adorait la Science-Fiction, mais certainement pas dans ces conditions. S'il avait toujours rêvé de partir à l'aventure pour découvrir un nouveau monde, ça n'était certainement pas pour se retrouver la proie du genre de titan qu'il avait à ses trousses depuis... depuis trop longtemps. Dans la position qu'il tenait, ça faisait toujours trop longtemps.
Et d'un coup, l'agresseur est sur lui. Chose surprenante, il ne lui a pas encore fait de mal. Emporté par sa lancée, il aurait même plutôt tendance à l'écraser. Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour s'en rendre compte, mais son pelage est vraiment épais, et rudement chaud. Pour un peu, Valérie y serait bien. En fait, il y est bien, vraiment bien. Et il n'est pas le seul. L'énorme bête semble s'être prise d'une affection sans borne pour lui.
Non, on ne court pas après du gibier pour s'en faire un ami, même quand on est un animal. SURTOUT quand on est un animal !
Une incohérence pareille, ça chatouille le nez. C'en est presque étouffant et...
- Wizefaygl ... ?
Il y a des jours où se réveiller, c'est pas si mal que ca. Quoique...
Son nez le chatouillait toujours, et Valérie se raidit. Il n'était plus dans un lit, à en juger par la texture sur laquelle il était allongé. De plus, la lumière du jour ne venait pas lui taquiner les paupières. A moins d'être dans une cave sacrément bien isolée, le jour n'était donc pas encore arrivé.
Un instant après avoir ouvert les yeux, Valérie entama une danse étonnante à base de mouvements brusques censés destinés à le pousser en arrière. Mais la surface rocheuse sur laquelle il était étendu n'était pas de cet avis, et le fit aussitôt glisser pour reprendre sa position initiale. En face de lui, dans la faible clarté procurée par un matin naissant, une boule de poil géante armée de deux énormes poiçons d'ivoire le menaçait. Continuant ses gestes saccadés, sa jambe trouva un mystérieux appui et il s'en trouva éjecté en arrière. Il aurait chuté derrière son rocher d'accueil si sa jambe ne l'avait pas retenu. Et elle même, contusionnée, souffrait au bout d'une chaîne dont l'autre extrémité plongeait dans la pierre. Par contre, l'inertie de son crâne le fit fondre vers la surface râpeuse, dont la rencontre laissa Valérie quelque peu sonné. Il parcourut la scène du regard en se massant le crâne, et prit conscience de nouveaux éléments. Tout d'abord il ne pourrait pas aller bien loin sans une aide extérieure. Sa jambe lui faisait endurer une douleur diffuse, mais au delà de ça il semblait totalement impossible de la dégager sans outils, ce dont il manquait actuellement. Ensuite, il avait en face de lui une forme qui s'étendait bien au delà de la grosse boule de poil qu'il avait remarqué en premier lieu. Enfin, un couteau de chasse était planté là, à ses pieds, et sa lame faisait un bon pied de long.
La première frayeur passée, il tendit sa main vers l'arme et s'en saisit. Celle-ci refusait de bouger et il lui faudrait certainement forcer un peu, mais son bras tendu contrariait fortement cette possibilité. L'animal ne montrait toujours pas de signe d'hostilité, mais on n'était jamais trop prudent. Il se glissa jusqu'à la petite excalibur en douceur pour éviter tout mouvement malheureux, et réussit enfin à l'extraire à son fourreau de pierre. Il resta ainsi accroupi, tourné vers son geôlier de fourrure, l'arme au poing et la peur au ventre.
Les minutes qui suivirent permirent à Valérie d'examiner son adversaire. Il n'aurait pu dire si ce dernier avait une quelconque intention de lui nuire, mais il resta sur ses gardes.
Que faisait-il ici ? Hier soir encore il s'était couché dans un bon lit, chaud et moelleux. Il s'était endormi remarquablement vite d'ailleurs, peut-être à cause du bonheur d'avoir un toit au dessus de la tête et un oreiller en dessous. Verticea était montée juste après le dîner. Elle n'avait pas l'air dans son assiette, et de toutes façons Valérie était fatigué. Qu'avait-il pu se passer ensuite ?
Mawoc ne lui avait pas témoigné d'affection manifeste, mais de là à l'enchaîner face à un animal gigantesque, ça n'avait aucun sens. Et encore moins en lui fournissant de quoi se battre. Quand à Verticea, il se refusait à douter de sa bienveillance. Elle s'était montrée bien trop attentionnée, et parfois même tellement timide ! Elle aurait certainement des scrupules à prier un insecte de sortir de sa maison, et on était pourtant encore très loin de l'enchaînement à un tertre rocheux face à un monstre de plusieurs tonnes...
L'animal avait bougé. Ses deux défenses balancaient de droite à gauche et un mugissement rauque emplit l'atmosphère à partir de l'endroit où se serait trouvée sa gueule s'il n'y avait pas eu tant de poils. Bien loin d'un cri de guerre, on aurait plutôt dit que l'étrange pachyderme se réveillait. Rassuré, Valérie s'assit face à lui et commença à se détendre. La lumière du jour emplirait rapidement la plaine et...
Quelque chose bougeait, là, à droite à la limite de son champ de vision. Valérie tourna la tête. Les ténèbres persistaient encore par endroit, mais pas assez pour permettre à l'assistance d'observer la scène en toute discrétion. Tout autour de lui, des hobbits se tenaient debouts, les bras croisés. Au milieu de cette foule, une silhouette dépassait les autres d'une bonne tête. Il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaitre Verticea, vétue de noir. Tous étaient vétus de noir. Personne ne parlait. Sans doute devaient-ils assister à un malheureux évènement, et sans doute Valérie en était l'acteur principal. Malgré son apparence paisible, l'énorme herbivore ne l'était peut-être pas tant que ca. Fallait-il prendre les devants et attaquer en premier ?
Valérie tourna un regard implorant vers Verticea, qui lui répondit d'un signe de tête. Bien que muette, celle-ci désirait lui exprimer une négation. A moins que ce soit le pardon ?
De toutes facons, il n'avait pas beaucoup de choix, et il semblait évident qu'on attendait quelque chose de lui. Et quelque chose de morbide, à en croire l'expression générale. Tuer ou mourir...
Il est toujours difficile de choisir entre deux voies avantageuses. Bien des gens font de leur mieux pour ne pas se contenter d'une seule, et il faut leur accorder que bien souvent, ils y parviennent. Mais il est bien plus dur de se décider pour un choix lorsque les deux sont malheureux. D'autant plus lorsque chacun met une vie en jeu.
Finalement, Valérie se décida. Il n'avait pas envie de mourrir, bien sûr, mais il n'avait pas envie de tuer, non plus. Il avait déjà du mal à abattre un arbre chétif et malade, et il ne se voyait vraiment pas patauger au milieu d'un bain de sang avec une bête encore chaude à ses pieds. Enfin, à ses côtés, à moins qu'il n'escalade la masse fabuleuse que devait former cet animal une fois mort. Alors peu importe le danger potentiel. Il se tourna vers Verticea et lanca dans sa direction le grand couteau qu'on lui avait fourni. Un instant, il eut peur de la blesser. Mais l'arme se contenta finalement de tomber lourdement au sol, à moitié plantée, le manche oscillant. Une motte de terre fut retournée lorsque celui-ci atteignit enfin le sol, après de longues secondes d'hésitation.
Valérie rendait les armes, remettant à nouveau son sort à autrui, ce qu'il détestait.
Verticea s'avanca et ramassa le couteau. Elle s'approcha encore et le brandit, afin qu'il puisse être vu par tous, hurlant aussi fort qu'il lui était possible.
- Le Prétendant rend les armes. Aucun mal n'a été infligé.
Elle se tourna ensuite vers Valérie et chuchotta.
- Ne dit rien, je t'expliquerai.
Pendant ce temps, un vieil hobbit, que maintenait un étrange bâton arqué, se détacha du reste des spectateurs et lui répondit.
- Nous acceptons donc ta requête, Soeur de Notre Peuple. Le candidat Humain sera désormais pour nous un Frère, et nous lui porterons assistance chaque fois qu'il en formulera le souhait.
- Merci, Respectable Ancien. Que le conseil fasse maintenant savoir l'Ordre du Jour.
Le vieillard fouilla dans une bourse qu'il tenait autour du cou et en sortit sa pipe. Il commençait à lui soutirer une épaisse fumée quand, non loin de lui, un individu trappu sortit à son tour de la masse et rejoignit Verticea et Valérie. Il détacha ce dernier et se tourna ensuite vers l'énorme pachyderme, que Valérie pouvait désormais distinguer pleinement. La meilleure description qu'il pouvait en faire impliquait au moins trois animaux, dont un qu'il ne connaissait même pas. L'animal était particulièrement massif, bien plus qu'il ne le crut possible, et avec ses défenses d'ivoire il pouvait rappeler l'éléphant. Mais la comparaison s'arrêtait là. La forme de son corps, tête comprise, tenait bien plus de la tortue sans sa carapace, et son épaisse fourrure châtaigne avait des poils si longs et si épais qu'elle ne risquait jamais de créer la moindre mode.
L'épais petit homme saisit une des majestueuses défenses de l'animal et le guida à l'écart du rassemblement. Puis, un hobbit au ventre rebondi fit quelques pas en avant, poumons gonflés.
- Le Conseil ordonne au Cadet de leurs Frères de participer aux Réjouissances du Zénith !
La foule rompit alors le silence par ses acclamations et chacun jeta en l'air la cape noir qu'il avait revêtue jusqu'à présent. Tout le monde se rassembla enfin autour du "Cadet". Valérie fut porté en triomphe jusqu'à une table au format impressionnant, et Verticea s'assit près de lui.
- Ca va aller ?
- J'aimerais bien qu'on m'explique ce qu'il vient de se passer...
- C'est de ma faute, j'espère que tu ne m'en voudras pas trop. J'ai demandé à ce qu'ils te permettent de t'équiper avant de repartir. Mais pour ça, tu devais faire partie du village ou de ses alliés. Comme ce n'était pas le cas, j'ai demandé ton affiliation au village, et il était nécessaire d'en passer par là.
- Mais, j'aurais pu au moins être prévenu !
- Non. C'est justement là que réside tout le sens de cette épreuve. Les hobbits, ou du moins ceux-ci, sont pacifiques. Ils ne prennent les armes que pour se défendre quand le choix ne leur est pas laissé, et sans réelle conviction. Pour faire partie de leur peuple, il fallait leur prouver ton pacifisme, même dans une situation imprévue. C'est ce que tu viens de réussir.
- Hum, je ne me rappelle pas avoir réclamé une aide quelconque...
- Ah, et tu aurais peut-être préféré qu'on ne te soigne pas ?
- Bon, d'accord, mais tout ceci était-il vraiment nécessaire ?
- Pour eux, ça l'était ! Et de toutes facons il n'y avait plus d'autre choix. Ma demande n'était que de pure forme.
- Mmh oui, je vois... Et que se serait-il passé si je m'étais servi de ceci ?
Valérie désigna du doigt le couteau de chasse que Verticea avait conservé à sa ceinture.
- Tiens-tu vraiment à savoir pourquoi tout le monde était vêtu de noir ?
Même si parfois, elle en avait vraiment marre...
Valérie courait. Pas très rapide, il courait pourtant de tout le souffle dont il disposait. Le jour allait bientôt se lever, mais il ne pouvait s'arrêter. Pas tant que cette énorme bête serait à ses trousses en tous cas. Autour de lui, il n'y avait que du sable, d'un rouge violacé qui n'aurait pas détonné sur un tableau expressionniste, et sa progression en était grandement ralentie. Mais ce n'était pas le cas de son gigantesque prédateur, qui se rapprochait toujours plus sans jamais le rattraper. Le soleil serait bientôt à son zénith, Valérie courait toujours, et ça ne menait à rien. Son poursuivant ne comptait pas le lâcher, mais il ne semblait toujours pas capable de l'atteindre. Valérie n'avait pas la moindre idée de sa forme ni de sa férocité, mais il savait qu'il était là, à quelques mètres derrière, et qu'il n'avait pas envie de découvrir le sort qui lui serait réservé s'il montrait le moindre signe de faiblesse. Saleté de planète déserte à la rotation giroscopique. Bientôt, on n'y verrait déjà plus grand chose mais il faudrait continuer, toujours plus vite, pour que l'avance ne persiste pas dans sa tendance réductrice.
Valérie adorait la Science-Fiction, mais certainement pas dans ces conditions. S'il avait toujours rêvé de partir à l'aventure pour découvrir un nouveau monde, ça n'était certainement pas pour se retrouver la proie du genre de titan qu'il avait à ses trousses depuis... depuis trop longtemps. Dans la position qu'il tenait, ça faisait toujours trop longtemps.
Et d'un coup, l'agresseur est sur lui. Chose surprenante, il ne lui a pas encore fait de mal. Emporté par sa lancée, il aurait même plutôt tendance à l'écraser. Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour s'en rendre compte, mais son pelage est vraiment épais, et rudement chaud. Pour un peu, Valérie y serait bien. En fait, il y est bien, vraiment bien. Et il n'est pas le seul. L'énorme bête semble s'être prise d'une affection sans borne pour lui.
Non, on ne court pas après du gibier pour s'en faire un ami, même quand on est un animal. SURTOUT quand on est un animal !
Une incohérence pareille, ça chatouille le nez. C'en est presque étouffant et...
- Wizefaygl ... ?
Il y a des jours où se réveiller, c'est pas si mal que ca. Quoique...
Son nez le chatouillait toujours, et Valérie se raidit. Il n'était plus dans un lit, à en juger par la texture sur laquelle il était allongé. De plus, la lumière du jour ne venait pas lui taquiner les paupières. A moins d'être dans une cave sacrément bien isolée, le jour n'était donc pas encore arrivé.
Un instant après avoir ouvert les yeux, Valérie entama une danse étonnante à base de mouvements brusques censés destinés à le pousser en arrière. Mais la surface rocheuse sur laquelle il était étendu n'était pas de cet avis, et le fit aussitôt glisser pour reprendre sa position initiale. En face de lui, dans la faible clarté procurée par un matin naissant, une boule de poil géante armée de deux énormes poiçons d'ivoire le menaçait. Continuant ses gestes saccadés, sa jambe trouva un mystérieux appui et il s'en trouva éjecté en arrière. Il aurait chuté derrière son rocher d'accueil si sa jambe ne l'avait pas retenu. Et elle même, contusionnée, souffrait au bout d'une chaîne dont l'autre extrémité plongeait dans la pierre. Par contre, l'inertie de son crâne le fit fondre vers la surface râpeuse, dont la rencontre laissa Valérie quelque peu sonné. Il parcourut la scène du regard en se massant le crâne, et prit conscience de nouveaux éléments. Tout d'abord il ne pourrait pas aller bien loin sans une aide extérieure. Sa jambe lui faisait endurer une douleur diffuse, mais au delà de ça il semblait totalement impossible de la dégager sans outils, ce dont il manquait actuellement. Ensuite, il avait en face de lui une forme qui s'étendait bien au delà de la grosse boule de poil qu'il avait remarqué en premier lieu. Enfin, un couteau de chasse était planté là, à ses pieds, et sa lame faisait un bon pied de long.
La première frayeur passée, il tendit sa main vers l'arme et s'en saisit. Celle-ci refusait de bouger et il lui faudrait certainement forcer un peu, mais son bras tendu contrariait fortement cette possibilité. L'animal ne montrait toujours pas de signe d'hostilité, mais on n'était jamais trop prudent. Il se glissa jusqu'à la petite excalibur en douceur pour éviter tout mouvement malheureux, et réussit enfin à l'extraire à son fourreau de pierre. Il resta ainsi accroupi, tourné vers son geôlier de fourrure, l'arme au poing et la peur au ventre.
Les minutes qui suivirent permirent à Valérie d'examiner son adversaire. Il n'aurait pu dire si ce dernier avait une quelconque intention de lui nuire, mais il resta sur ses gardes.
Que faisait-il ici ? Hier soir encore il s'était couché dans un bon lit, chaud et moelleux. Il s'était endormi remarquablement vite d'ailleurs, peut-être à cause du bonheur d'avoir un toit au dessus de la tête et un oreiller en dessous. Verticea était montée juste après le dîner. Elle n'avait pas l'air dans son assiette, et de toutes façons Valérie était fatigué. Qu'avait-il pu se passer ensuite ?
Mawoc ne lui avait pas témoigné d'affection manifeste, mais de là à l'enchaîner face à un animal gigantesque, ça n'avait aucun sens. Et encore moins en lui fournissant de quoi se battre. Quand à Verticea, il se refusait à douter de sa bienveillance. Elle s'était montrée bien trop attentionnée, et parfois même tellement timide ! Elle aurait certainement des scrupules à prier un insecte de sortir de sa maison, et on était pourtant encore très loin de l'enchaînement à un tertre rocheux face à un monstre de plusieurs tonnes...
L'animal avait bougé. Ses deux défenses balancaient de droite à gauche et un mugissement rauque emplit l'atmosphère à partir de l'endroit où se serait trouvée sa gueule s'il n'y avait pas eu tant de poils. Bien loin d'un cri de guerre, on aurait plutôt dit que l'étrange pachyderme se réveillait. Rassuré, Valérie s'assit face à lui et commença à se détendre. La lumière du jour emplirait rapidement la plaine et...
Quelque chose bougeait, là, à droite à la limite de son champ de vision. Valérie tourna la tête. Les ténèbres persistaient encore par endroit, mais pas assez pour permettre à l'assistance d'observer la scène en toute discrétion. Tout autour de lui, des hobbits se tenaient debouts, les bras croisés. Au milieu de cette foule, une silhouette dépassait les autres d'une bonne tête. Il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaitre Verticea, vétue de noir. Tous étaient vétus de noir. Personne ne parlait. Sans doute devaient-ils assister à un malheureux évènement, et sans doute Valérie en était l'acteur principal. Malgré son apparence paisible, l'énorme herbivore ne l'était peut-être pas tant que ca. Fallait-il prendre les devants et attaquer en premier ?
Valérie tourna un regard implorant vers Verticea, qui lui répondit d'un signe de tête. Bien que muette, celle-ci désirait lui exprimer une négation. A moins que ce soit le pardon ?
De toutes facons, il n'avait pas beaucoup de choix, et il semblait évident qu'on attendait quelque chose de lui. Et quelque chose de morbide, à en croire l'expression générale. Tuer ou mourir...
Il est toujours difficile de choisir entre deux voies avantageuses. Bien des gens font de leur mieux pour ne pas se contenter d'une seule, et il faut leur accorder que bien souvent, ils y parviennent. Mais il est bien plus dur de se décider pour un choix lorsque les deux sont malheureux. D'autant plus lorsque chacun met une vie en jeu.
Finalement, Valérie se décida. Il n'avait pas envie de mourrir, bien sûr, mais il n'avait pas envie de tuer, non plus. Il avait déjà du mal à abattre un arbre chétif et malade, et il ne se voyait vraiment pas patauger au milieu d'un bain de sang avec une bête encore chaude à ses pieds. Enfin, à ses côtés, à moins qu'il n'escalade la masse fabuleuse que devait former cet animal une fois mort. Alors peu importe le danger potentiel. Il se tourna vers Verticea et lanca dans sa direction le grand couteau qu'on lui avait fourni. Un instant, il eut peur de la blesser. Mais l'arme se contenta finalement de tomber lourdement au sol, à moitié plantée, le manche oscillant. Une motte de terre fut retournée lorsque celui-ci atteignit enfin le sol, après de longues secondes d'hésitation.
Valérie rendait les armes, remettant à nouveau son sort à autrui, ce qu'il détestait.
Verticea s'avanca et ramassa le couteau. Elle s'approcha encore et le brandit, afin qu'il puisse être vu par tous, hurlant aussi fort qu'il lui était possible.
- Le Prétendant rend les armes. Aucun mal n'a été infligé.
Elle se tourna ensuite vers Valérie et chuchotta.
- Ne dit rien, je t'expliquerai.
Pendant ce temps, un vieil hobbit, que maintenait un étrange bâton arqué, se détacha du reste des spectateurs et lui répondit.
- Nous acceptons donc ta requête, Soeur de Notre Peuple. Le candidat Humain sera désormais pour nous un Frère, et nous lui porterons assistance chaque fois qu'il en formulera le souhait.
- Merci, Respectable Ancien. Que le conseil fasse maintenant savoir l'Ordre du Jour.
Le vieillard fouilla dans une bourse qu'il tenait autour du cou et en sortit sa pipe. Il commençait à lui soutirer une épaisse fumée quand, non loin de lui, un individu trappu sortit à son tour de la masse et rejoignit Verticea et Valérie. Il détacha ce dernier et se tourna ensuite vers l'énorme pachyderme, que Valérie pouvait désormais distinguer pleinement. La meilleure description qu'il pouvait en faire impliquait au moins trois animaux, dont un qu'il ne connaissait même pas. L'animal était particulièrement massif, bien plus qu'il ne le crut possible, et avec ses défenses d'ivoire il pouvait rappeler l'éléphant. Mais la comparaison s'arrêtait là. La forme de son corps, tête comprise, tenait bien plus de la tortue sans sa carapace, et son épaisse fourrure châtaigne avait des poils si longs et si épais qu'elle ne risquait jamais de créer la moindre mode.
L'épais petit homme saisit une des majestueuses défenses de l'animal et le guida à l'écart du rassemblement. Puis, un hobbit au ventre rebondi fit quelques pas en avant, poumons gonflés.
- Le Conseil ordonne au Cadet de leurs Frères de participer aux Réjouissances du Zénith !
La foule rompit alors le silence par ses acclamations et chacun jeta en l'air la cape noir qu'il avait revêtue jusqu'à présent. Tout le monde se rassembla enfin autour du "Cadet". Valérie fut porté en triomphe jusqu'à une table au format impressionnant, et Verticea s'assit près de lui.
- Ca va aller ?
- J'aimerais bien qu'on m'explique ce qu'il vient de se passer...
- C'est de ma faute, j'espère que tu ne m'en voudras pas trop. J'ai demandé à ce qu'ils te permettent de t'équiper avant de repartir. Mais pour ça, tu devais faire partie du village ou de ses alliés. Comme ce n'était pas le cas, j'ai demandé ton affiliation au village, et il était nécessaire d'en passer par là.
- Mais, j'aurais pu au moins être prévenu !
- Non. C'est justement là que réside tout le sens de cette épreuve. Les hobbits, ou du moins ceux-ci, sont pacifiques. Ils ne prennent les armes que pour se défendre quand le choix ne leur est pas laissé, et sans réelle conviction. Pour faire partie de leur peuple, il fallait leur prouver ton pacifisme, même dans une situation imprévue. C'est ce que tu viens de réussir.
- Hum, je ne me rappelle pas avoir réclamé une aide quelconque...
- Ah, et tu aurais peut-être préféré qu'on ne te soigne pas ?
- Bon, d'accord, mais tout ceci était-il vraiment nécessaire ?
- Pour eux, ça l'était ! Et de toutes facons il n'y avait plus d'autre choix. Ma demande n'était que de pure forme.
- Mmh oui, je vois... Et que se serait-il passé si je m'étais servi de ceci ?
Valérie désigna du doigt le couteau de chasse que Verticea avait conservé à sa ceinture.
- Tiens-tu vraiment à savoir pourquoi tout le monde était vêtu de noir ?

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