Valérie était debout, et perplexe.
- Vous n'avez pas de meilleure explication je suppose.
Amusé, le vieillard le regardait tourner en rond.
- Et quelle meilleure explication que la vérité elle-même ? Je te dis les choses telles qu'elles sont, c'est tout.
- Et quand la vérité n'a aucun sens, ne peut-on pas en trouver une autre plus... logique ?
- Hum... je vois que tu as retrouvé une partie de ta tête. Mais ca ne changera rien.
Valérie s'était arrêté et regardait au loin, le regard vide. Il n'écoutait qu'à moitié, assommé par ce qu'il s'entendait dire.
- C'est l'Auteur qui t'a fait ce tatouage petit. Peut-être pour s'amuser, c'est vrai, mais certainement pour te donner un rôle important. Que tu l'acceptes ou pas, c'est ainsi. Tu seras un grand héros ou un puissant mage, selon ce que l'Auteur a décidé pour toi. Et il n'y a pas beaucoup...
- Qui est celui que vous appelez "l'Auteur" ?
Valérie s'était retourné vers le vieil homme, son visage d'un rouge pâle, mélange de colère et de confusion. Une épaule en avant, il pointait son index vers lui.
- L'Auteur, jeune homme, c'est celui qui décide de nos vies. C'est lui qui choisit tout ce qui nous arrive, lui qui guide nos pas. Il écrit l'Histoire ! Très peu de choses échappent à son contrôle, et c'est pour ca que je suis ici.
- C'est à dire ?
- Pour que tu n'aies pas à te soumettre. Lorsque tu auras acquis ta liberté, tu pourras peut-être t'occuper de la mienne !
- Et que dois-je faire pour ca ? Je veux dire... Je ne sais même pas où je suis !
Son ton sarcastique soulignait parfaitement la lueur de folie qui venait de naître au fond de ses yeux. Ses nerfs tendus comme jamais, il n'était pas sûr que tout ceci était encore bien réel.
- Tu dois seulement me faire confiance, je te dirais tout ce que tu as besoin de savoir en temps et en heure.

Valérie se rassit. Il observa un de ses tatouages encore une fois. Celui-ci semblait le narguer, rayonnant au milieu de sa peau pâle.
- Je suppose que je n'ai pas vraiment le choix de toutes facons. Je n'ai rien demandé à personne, et je n'ai pas choisi d'être ici. S'il faut que j'échappe à l'Auteur pour être tranquille, c'est ce que je ferais. Maintenant pouvez-vous me dire où nous sommes ?
- Bien entendu que je peux te le dire. Nous sommes dans le monde de l'Auteur.
- Mais, est-ce comme un rêve, ou comme une sorte de réalité illusoire.
- Et comment le saurais-je ? Si tu n'es pas capable de t'en rendre compte, comment le pourrais-je ?
Satisfait de sa réplique, il se caressa le menton. Il se tourna vers Valérie et fit un grand sourire.
- Mais si cette viande n'est pas réelle, alors elle est drôlement bien imitée !
Sur ces mots, le vieil homme mordit à pleines dents dans un morceau de viande qui se déchira lorsqu'il en tira l'autre bout.
Valérie, lui, ne riait pas. Accablé par ce qui lui arrivait, angoissé par le sort que lui réservait celui qu'on appelait "l'Auteur", secoué par l'ampleur de ce qu'il lui faudrait sans doute faire pour échapper à son contrôle, il sentit une larme lui glisser le long de la joue. C'était bien trop pour lui, et plus qu'il n'en fallait pour fondre en sanglots. Bien plus. Tellement plus qu'il ne pouvait même pas pleurer. Il se contentait de rester là, sans bouger, la gorge serrée au point de le rendre incapable de parler.

Il finissait à peine de planifier sa dépression lorsque le vieil homme prit la parole.
- Je crois qu'on va avoir de la compagnie.
Valérie se tourna vers lui et essuya ses yeux. Il parraissait bien sérieux. Ses deux yeux étaient fermés, comme pour méditer.
- Et personnellement, je n'attends personne... Ce n'est peut-être rien, mais il vaut mieux être prudent.
Le vieillard versa de l'eau sur le feu et rassembla ses affaires.
Valérie ne l'observait que vaguement lorsqu'il ramassa un coin de toile et plia le foyer en deux, ne laissant aucune trace de feu de camp.
Lorsqu'il se mit debout rien n'aurait pu laisser penser que deux hommes avaient passés plusieurs jours ici. Par ailleurs Valérie aurait juré qu'il n'avait pas dormi tant que ca.
- Allez, lève-toi petit, et suis-moi. Il ne faut pas rester ici.
Ses yeux grands ouverts, Valérie se mit debout mais conserva son air hébété. Le vieil homme commençait à longer le rocher vers la forêt à sa gauche et s'arrêta à quelques pieds de la lisière de la forêt. Puis il se retourna et lui sourit.
- Viens voir par ici. Je vais te montrer quelque chose... d'intéressant.
Sa voix était tellement chaleureuse que Valérie mit tout son chagrin de côté et approcha.
- Maintenant gamin, entre dans cette forêt, et n'aie pas peur.
- Mais pourquoi...
- Allez vas-y !

Valérie fixa la forêt. Il n'avait pas peur. Il n'en était pas à son coup d'essai pour ce qui était d'entrer dans une forêt et l'inquiétude du vieil homme le fit sourire. Il gonfla sa cage thoracique et avança pour montrer à quel point il était peu impressionnable, surtout aujourd'hui.
Lorsqu'il fit le pas qui lui permettait de passer entre les troncs des deux premiers arbres de la forêt, tout s'assombrit. Il fit encore quelques pas par réflexe avant de s'immobiliser. Son regard cherchait tout autour l'explication de ce curieux phénomène. Ici le sol était humide, le ciel disparaissait derrière de grandes masses végétales, et des gouttes ruisselaient de feuille en feuille. Même en mars, le temps ne tournait pas aussi vite ! Seul le rocher était toujours présent à sa gauche, sur quelques mètres. Il se retourna, puis sa machoire suivit, pendante. Le vieillard venait de le rejoindre.
- Impressionnant, non ?
- Mais, qu'est-ce que c'est ?
- Ici ? C'est la réalité. De l'autre côté, ce n'est qu'une habile illusion.
Les sourcils froncés, Valérie orienta sa tête vers le chemin d'où il venait. Celui-ci était tout flou. Il avait l'impression de regarder la surface du fond de l'eau. Il s'approcha doucement de cette surface qui lui faisait face, imperturbable. Il voulu poser sa main dessus, mais celle-ci la traversa, et devint toute floue. Il la ramena et rejoint le vieil homme.
- D'ici, nous voyons le chemin, mais du chemin, on ne peut pas nous voir.
- C'est vous qui avez fait ca ?
- Moi ? Grands Dieux non ! A ma connaissance, il en a toujours été ainsi. Mais je dois avouer que les chemins sont bien plus plaisants comme ca.
- Et comment ça fonctionne ?
- Foutre des Dieux, mais qu'est-ce que j'en sais moi ? Sans doute un truc magique, ou quelque chose comme ca. Comme je te l'ai déjà dit, l'Auteur fait tout ce qu'il veut. D'ailleurs, nous devrions nous taire, car bien qu'on ne puisse pas nous voir, on peut toujours nous entendre.

Le regard rivé sur le chemin, Valérie commencait à s'habituer à l'image troublée. Lui et son guide s'étaient réfugiés près du rocher, afin de pouvoir s'éloigner plus discrètement si leurs visiteurs venaient à montrer des signes de curiosité champêtre. Etant dans une alcove naturellement formée par la paroi du rocher, celà leur permettait également de s'abriter un peu du vent et des gouttes.
Au bout d'un moment, Valérie distingua quelques silhouettes sur le chemin. La plupart étaient grises et en flanquaient d'autres, blanches. Le vieillard se mit à murmurer.
- C'est lui !
Valérie se retourna et le vit s'éloigner derrière le rocher, comme pris de panique. Les mains sur le crâne, il se serait certainement arraché les cheveux s'il lui en était resté plus. Il fit demi-tour et revint vers lui. Il prit sa position théatrale des bras pointés au sol et cracha dans un souffle :
- C'est lui, c'est l'Auteur !
A cette évocation, Valérie crut qu'un éclair lui fendait le crâne jusqu'à l'estomac. Les yeux exorbités, il se retourna et riva son regard vers les quelques silhouettes indistinctes. Peu importe l'effort qu'il faisait, il ne pouvait pas les voir assez bien pour les reconnaitre par la suite. Mais il pouvait un peu les entendre. Ou plutôt l'entendre, car une seule voix s'élevait par dessus le bruit de leurs pas. Il ne comprit pas tout ce qu'elle disait, mais c'était une voix masculine. Il grava dans sa mémoire le seul morceau de phrase qu'il capta clairement et qui disait : "pas encore besoin de lui". Ainsi le vieil homme avait raison. Quelqu'un voulait se servir de lui ! Il sentit son esprit se remplir d'une envie meurtrière et ses pieds s'apprêtaient déjà à lui obéir.
- Allez viens, on ne peut rien faire contre lui. En tous cas pas maintenant. Il faut partir !
Il resta figé de longues secondes puis, à regrets, se détourna et regarda le vieillard qui avait déjà pris de l'avance sans demander son reste. Il fallait se rendre à l'évidence : même si "l'Auteur" n'avait été qu'un enfant, il y avait bien trop de personnes autour de lui pour l'interroger. Surtout qu'un simple interrogatoire correspondait mal à l'image sanguinolente qu'il se faisait de lui une fois qu'il aurait terminé. Il prit donc une grande inspiration qui le calma un peu, et envisagea de rattraper le vieil homme.

- Où allons-nous ?
- Je t'emmène chez moi. Enfin, disons l'endroit où je m'arrête habituellement quand je suis dans le coin. Ce n'est pas très confortable, mais on ne devrait pas y être ennuyés.
- Et c'est loin ?
- Hum, une heure ou deux, pourquoi, tu as un rendez-vous ?
Marcher faisait du bien à Valérie. Son esprit se vidait de toutes les impuretés qu'il avait accumulées dans la journée, et se concentrait sur des tâches plus importantes comme... comme marcher par exemple. Ce qu'il faisait d'ailleurs rudement bien, même sur un sol trempé. Cependant, quelque chose ne tournait pas rond. Il n'arrivait pas encore à saisir quoi et, pour y remédier, il se repassa en boucle les évènements depuis son réveil. Il ne saurait dire depuis combien de temps ils étaient partis, et celà importait peu, car Valérie était concentré. Il s'était réveillé sur le bord d'un chemin, à côté d'un vieux reste d'humanité qui aimait plus que tout les devinettes, et les épaules endolories par de récents tatouages aussi beaux qu'inutiles. Il n'avait obtenu pour seule explication qu'une théorie farfelue puis avait traversé un "mur" à l'aspect liquide et visible d'un seul côté. Et maintenant, il marchait au milieu de nullepart, car c'était là son seul choix.
- Nous sommes presque arrivés gamin !
Mais voilà ce qui clochait !
Par Stabbquadd
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander

Présentation

  • : Les Terres du Seakk
  • : Roman de Fantasy dans un univers médiéval fantastique loufoque et drôle. Chapitres courts pour faciliter la lecture, et action quasi-permanente ! Enfin autant que possible. Bon, y'a peut-être quelques longueurs c'est vrai. Ok, c'est carrément chiant, mais c'est mon mien à moi de roman, alors j'y fais ce que j'y veux. Na !
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Attention !

Les articles de ce blog sont écrits trop petits. Je le sais. Mais qu'est-ce que vous voulez, j'écris petit, je suis comme ça. Alors prenez-vous par la main, et utilisez cette option de votre navigateur que vous délaissiez indignement jusqu'à présent : le zoom. Appuyez sur Ctrl, et avant de relâcher, faites rouler la molette de votre souris. Si ça devient encore plus petit, tournez dans l'autre sens.

Quelques liens

Abonnement par flux

  • Flux RSS des articles

Aidez-moi !

Non, je ne dis pas ça pour vous réclamer du pognon. J'aurais rien contre hein, mais c'est pas le propos. Non, j'ai besoin de lecteurs, c'est certains, mais surtout de retours ! Il faut que je puisse évaluer ce que je fais pour l'améliorer, et vous seuls pouvez m'y aider. Alors trêve de bavardages inutiles, j'ai deux requêtes particulières à vous soumettre :
  1. Donnez vos impressions, surtout si elles sont mauvaises ou mitigées et que vous les argumentez bien entendu. On est entre gentlemen (et women hein, j'ai rien contre... ou alors tout contre). Je ne demande qu'à savoir ce qui ne va pas !
  2. Lorsqu'un chapitre suscite une ou plusieurs interrogations, faites-m'en part. De cette manière vous pourrez peut-être un jour avoir une réponse. En plus, ça m'aidera à rendre le récit plus cohérent pour tout le monde, car vous n'êtes pas dans ma tête, mais c'est pas toujours simple de l'intégrer pendant l'écriture !
Voilà, donc si vous commentez intelligemment je vous aime. Si vous suivez mes consignes je suis votre obligé. Et si vous ne faites que lire, je vous aime bien aussi, allez, pleurez pas. Vous commenterez la prochaine fois. Hein ? Tenez, prenez exemple ci-dessous !

Vos Derniers Commentaires

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus